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Guide pour passer inaperçu dans la nature

Guide pour passer inaperçu dans la nature

Par Anaïs Michel, le 28/02/2025

Images Activités Part & Pro (7).pngCes dernières décennies, l’attrait pour les espaces naturels n’a cessé de croître. Randonnée, sports de plein air et écotourisme se sont largement développés, favorisés par l’aménagement de sentiers et de points d’accès. Bien que ces activités ne soient pas les principales menaces pesant sur la biodiversité, leur impact sur la faune est réel.

Dès qu’un humain pénètre un milieu naturel, les animaux perçoivent sa présence et adaptent leur comportement en conséquence.
L’un des effets les plus marquants de cette interaction est le dérangement, un phénomène où un comportement humain a une incidence négative sur celui de la faune, qui réagit comme face à un prédateur. 

Face à une intrusion perçue comme une menace, les animaux modifient leurs habitudes pour se protéger, ce qui peut engendrer du stress, altérer leur capacité à se nourrir, à se reproduire ou encore à s’occuper de leurs petits. Lorsqu’il est répété et prolongé, ce dérangement peut fragiliser des populations entières, réduire le succès reproducteur et même diminuer la capacité d’accueil des écosystèmes.

Les études menées, notamment sur l’avifaune, ont montré que le dérangement en période de reproduction peut entraîner l’abandon des nids ou une hausse de la prédation sur les couvées. En hiver ou en migration, il peut priver les oiseaux de ressources énergétiques essentielles à leur survie. Un exemple frappant fut observé après le déconfinement : l’afflux massif de visiteurs dans des espaces naturels jusque-là préservés a perturbé de nombreuses espèces, démontrant à quel point nos comportements influencent l’équilibre écologique.

Prendre conscience des impacts des activités en pleine nature pour adapter ses pratiques

Alors que 43% des pratiquants des sports de nature ne sont pas ou peu informés des impacts du dérangement lié à leur pratique (étude sociologique de Gruas, 2021), il est essentiel de comprendre comment nos activités peuvent avoir des répercussions sur la faune et quels comportements adopter pour les minimiser.

La randonnée

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Quel impact ?

A la sortie de l’hiver, les animaux doivent reconstituer leurs réserves énergétiques et assurer leur cycle de reproduction (voir l’article « La vie des animaux en hiver : stratégies de survie »). Or, c’est justement au printemps et en été que la fréquentation des espaces naturels atteint son apogée, notamment avec la randonnée et le trail. Des études ont ainsi révélé que les chamois présentaient des niveaux de stress [1] nettement plus élevés dans les zones très fréquentées par les randonneurs, avec un pic en été, période de forte affluence touristique, illustrant l’impact direct de ces activités sur la faune sauvage.

[1] Mesurés par la concentration de glucocorticoïdes (hormones du stress) dans les excréments

Quelles pratiques adopter ?

-Eviter de pratiquer le hors-sentier afin de préserver la flore et limiter le dérangement sur la faune sauvage 
-Se renseigner sur les zones où le bivouac est possible. 
-Eviter notamment de bivouaquer trop près des points d’eau, ce qui pourrait empêcher les animaux de venir s’y abreuver 
-Eviter les activités de nuit, tôt le matin ou au crépuscule (ce sont des moments où les animaux ne s’attendent pas à notre présence) 
-Si les randonneurs baladent accompagnés de leurs chiens, il faut maintenir ceux-ci en laisse (afin d’éviter qu’ils ne poursuivent et blessent des animaux sauvages) et s’assurer qu’ils soient vaccinés (dans le cas contraire, ils peuvent être responsables de la transmission de maladies et d’agents pathogènes à la faune sauvage, par contact direct ou par le biais des excréments).

L'observation de la faune

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Quel impact ? 

L’observation et la photographie de la faune sont des pratiques qui connaissent une forte expansion. Néanmoins, ces pratiques ne sont pas sans conséquences : l’utilisation de leurres ou d’appâts peut perturber gravement les animaux et altérer leur comportement naturel. Par exemple, nombreux sont les oiseaux qui peuvent abandonner leur nid s’ils se sentent menacés, d’où l’importance de ne pas s’approcher des zones de nidification.

La pose de pièges photographiques est également en plein essor, incitant les observateurs à fréquenter régulièrement des zones reculées pour récupérer leurs dispositifs. Or, ces pièges ne passent pas inaperçus pour la faune : détectés visuellement, par l’odorat ou par le bruit qu’ils émettent, ils peuvent provoquer des réactions d’alerte et pousser certains animaux à éviter ces zones, modifiant ainsi leur utilisation de l’espace.

L’usage des drones pour l’observation de la faune constitue une autre source de perturbation. Non seulement ces engins peuvent effrayer les animaux, mais ils sont parfois perçus comme des intrus à attaquer, mettant en danger les oiseaux qui tentent de les chasser. Leur capacité à atteindre des zones autrement inaccessibles pour l’Homme rend leur impact encore plus invasif, augmentant ainsi les risques de dérangement.

Quelles pratiques adopter ?

-Ne pas nourrir les animaux : cela pourrait les rendre dépendants des humains, modifiant leur comportement naturel et les rendant plus vulnérables aux dangers, tout en les exposant à des aliments toxiques, ou inadaptés pour eux. 
-Se renseigner sur les distances adéquates pour observer des animaux sans les déranger, et les observer de loin. 
-Eviter d’appeler les animaux ou d’utiliser des bruits pour les faire venir, ce qui pourrait leur provoquer un stress important -Aussi, après avoir eu la chance de photographier un animal sauvage, mieux vaut ne pas publier le cliché pris sur les réseaux sociaux, mais attendre quelques jours et semaines, et ne pas révéler le lieu exact de la rencontre pour éviter que des foules se constituent et se dirigent vers les espaces mentionnés

L’escalade

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Quel impact ? 

Au-delà de la simple présence humaine dans un environnement aussi sensible que les falaises, qui peut perturber des espèces végétales rares ou des rapaces, ce sont aussi les nuisances sonores associées à cette activité qui amplifient le dérangement. Cris, bruits métalliques d’équipement, chutes de pierres : autant de perturbations qui affectent particulièrement les oiseaux nicheurs. Ces dérangements peuvent compromettre la nidification, entraînant l’abandon des œufs ou des chutes accidentelles d’oisillons, menaçant ainsi directement la survie de certaines espèces.

Quelles pratiques adopter ? 

-Se renseigner en amont sur d’éventuelles mesures ou informations au sujet de l’espace et des voies fréquentées, ainsi que sur les périodes de nidification 
-Eviter d’arracher la végétation ou de dégrader les nids éventuellement croisés (en essayant de rester autant que possible à distance de ceux-ci) 
-Signaler à son club ou aux gestionnaires de l’espace naturel concerné toute observation d’oiseaux présents sur la paroi

La spéléologie

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Quel impact ?

Les grottes abritent de nombreuses espèces, des invertébrés, des chauve-souris…et leurs habitants les utilisent presque toute l’année, tout au long de leur cycle de vie. Si une chauve-souris est dérangée et réveillée de son hibernation, la dépense énergétique que cela provoquera pourra lui être fatale, d’autant que leurs ressources alimentaires sont rares à cette période. La période estivale est quant à elle la période des naissances, et un dérangement pourrait entraîner un risque de mortalité des jeunes et un abandon du site. Ainsi, toute intrusion dans ces milieux fragiles doit être mesurée et respectueuse, afin de ne pas compromettre l’équilibre de ces écosystèmes souterrains et la survie des espèces qui en dépendent.

Quelles pratiques adopter ? 

-Ne pas s’approcher des chauves-souris ou chercher à les manipuler 
-Faire demi-tour en cas de rencontre avec une colonie importante 
-Veiller à ne pas faire trop de bruit, ni trop de lumière (ne pas éclairer ou prendre en photo avec un flash les animaux rencontrées) 
-Respecter le milieu des grottes, en ne taguant pas les parfois et en ne cassant pas les concrétions

Les sports d’hiver

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Quel impact ? 

Ces activités ont lieu à une période où les animaux sont particulièrement vulnérables : ils font face à des conditions météorologiques défavorables, à une pénurie de nourriture, et toute réaction de leur part engendre une dépense énergétique qui peut compromettre leur survie. D’autant que la rapidité des déplacements (en ski hors-piste, ou encore via des motoneiges) peut induire un stress supplémentaire.

Par exemple, les tétras lyre vivent cachés dans des igloos sous la neige, recherchant idéalement la poudreuse, également convoitée des usagers de la montagne. Cette espèce doit conserver son énergie, et tout dérangement risque de les faire fuir à la surface, où les individus sont d’autant plus exposés et vulnérables.

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Image de tétras lyre, du Parc national des Ecrins

Quelles pratiques adopter ? 

-Respecter le balisage des itinéraires et essayer de regrouper les trajectoires (par exemple lors de randonnées en raquette, en veillant à passer les uns à la suite des autres et rester groupés) 
-Redoubler de vigilance après des chutes de neige ou si les températures sont négatives 
-Se renseigner sur les zones connues comme lieu d’hivernage des différentes espèces

Le déplacement à l’aide de véhicules : cyclisme et transports motorisés

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Quel impact ? 

Le bruit et la vitesse de déplacement liés à ces activités, notamment pour des pratiques hors-pistes, peuvent avoir des impacts conséquents.

Les motos et les quads ont un impact d’autant plus important, étant aussi à la source d’une pollution sonore qui peut impacter les espèces, mais aussi d’une pollution des milieux naturels à cause de leurs carburants ou des gaz rejetés.

Les animaux essaient de s’habituer au rythme de ces activités, en décalant leur cycle de vie pour adapter leurs pics d’activités à ceux des usagers ou en s’éloignant des zones fréquentées. C'est pourquoi il est essentiel de limiter les perturbations inhabituelles, qui peuvent perturber durablement cet équilibre fragile. 

Cependant, certaines pratiques touristiques qui se développent, comme l’hélibike ou l’héliski, génèrent un niveau de dérangement auquel la faune ne peut s’adapter. L’intensité et la soudaineté de ces perturbations provoquent un stress important, dont les effets se prolongent bien au-delà du moment de l’interaction, impactant durablement le comportement et la survie des animaux.

Quelles pratiques adopter ?

-Respecter le balisage des itinéraires 
-Eviter la pratique du hors-piste pour préserver la flore, éviter l’érosion, et provoquer le moins de dérangement possible 
-Ne pas s’adonner à ces activités à des horaires inhabituels (évitant l’aube et le coucher du soleil) 
-Ne pas créer d’aménagement sans autorisation préalable

Dans tous les cas…

Il est nécessaire de s’informer sur les réglementations auxquelles sont soumis les espaces naturels que nous souhaitons fréquenter (c’est notamment le cas des parcs naturels protégés, parcs nationaux ou régionaux).

De même, il est important de veiller à ne laisser aucun type de déchets (y compris les épluchures de fruits), qu’il faut rapporter avec soi, tout en prêtant une attention particulière aux cours d’eau et zones humides où la pollution se répand facilement (en évitant d’y diluer des produits chimiques comme la crème solaire ou tout déchet).

Enfin, éviter les bruits forts et inutiles pour déranger le moins possible la faune, et ne pas cueillir de fleurs, de fruits, ni emporter des pierres avec soi afin de préserver l’équilibre des écosystèmes.

D’ailleurs, bien que cet article se concentre principalement sur le dérangement causé à la faune, il est essentiel de garder en tête que les végétaux sont également des êtres vivants vulnérables et impactés par nos activités, face auxquels il est nécessaire d’être vigilants.

Adopter ces gestes simples mais essentiels permet de minimiser notre impact sur la nature pour bâtir des interactions plus équilibrées avec les autres êtres vivants, préservant ainsi la richesse et la diversité des écosystèmes pour les générations futures.

Ressources :

MMN_PI_11_Derangement_faune.pdf Pour la protection de la biodiversité, un déconfinement sous surveillance 2- Les sports de nature et les espaces naturels protégés | DREAL Provence-Alpes-Côte d'Azur

Sports de nature et biodiversité - LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux) - Agir pour la biodiversité

Côtoyer les sommets, coexister avec l'animal sauvage. Contribution à la sociologie des pratiques sportives en milieu naturel - Archive ouverte 

HALL'impact écologique du randonneur — Hors-Pistes

Ressources pédagogiques - LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux) - Agir pour la biodiversité

(PDF) Concentration of fecal cortisol métabolites in chamois in relation to tourist pressure in Tatra National Park (South Poland)

https://www.ofb.gouv.fr/actualites/randonner-sans-deranger-la-nature-dans-les-parcs-nationaux

Suivis de biodiversité par la reconnaissance automatique des espèces sur photographies : perspectives et défis

Oiseaux : pourquoi il ne faut pas s’approcher des nid

Anaïs Michel
Étudiante en sciences politiques spécialisée dans la transition écologique, passionnée de montagne, d'écriture et de photo, je cherche à partager mon émerveillement de la nature et inviter à repenser nos relations avec celle-ci.